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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 14:44

       

Obéissance - réflexions dans une correspondance avant le concile

 

 

                                                              Abbaye  N.D. d'Orval

Mon  cher Père,

 

    Notre conversation sur la 'crise de l'autorité' m'invite à te confier mes réflexions sur l'obéissance...

    A l'hôtellerie, le fait d'avoir du obéir à des religieux aussi différents l'un de l'autre que sont Père Henri, Père Joseph et Père Christian a été une expérience très enrichissante.

    Dans la pratique, il n'y a pas une façon d'obéir, une concerption rigide mais une adaptation aux personnes...

    L'essentiel, je crois, c'est de maintenir et de fortifier l'unité, la communion de volontés par la dépendance et la collaboration de façon à ce que la charité qui vient de Dieu puisse 'passer' à travers l'Église jusque dans nos moindres actes!

    La manière d'obéir variera suivant la tournure d'esprit et le tempérament des personnes dépositaires de l'autorité: Exécuter les ordres donnés ou prendre les initiatives nécessaires, demander des permissions ou en demander très peu, dire ce qu'on a fait ou ne pas l'exprimer, la proportion de ces différentes façons d'obéir variera beaucoup suivant les personnes mais cela reste secondaire par rapport à l'essentiel: rejoindre dans sa façon d'agir la pensée et la volonté de l'autorité.

     L'évolution aujourd'hui se situe au niveau des moyens d'expression de l'obéissance: On rejette parfois un moyen d'expression de l'obéissance sans adopter une nouvelle forme bien précise d'incarnation de cette obéissance d'où le 'flou' de certaines positions. Le conflit provient souvent d'une divergence de vues dans la conception de l'emploi des moyens d'expression de l'obéissance surtout entre les deux générations qui se succèdent.

    A l'heure actuelle, la démarche la plus élémentaire pour bien obéir consiste à se demander comment supérieurs, confesseurs et chefs d'emploi désirent être obéis et il suffit alors de s'adapter à chacun avec souplesse , sous l'inspiration du l'Esprit Saint.

 

                                                  Dans l'Amour de Jésus

                                       

                                                   fr. M. Alain.

 

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 09:32

     

  Abbaye N.D.d'Orval                             Fête de Saint Bernard    

                                                                                                      le 20 août 1964

 

 

   Mesdames,

 

 En cette belle fête de saint Bernard, je voudrais ce matin, vous transmettre de la part du Seigneur Jésus, un message de paix, d'amour et de grande sérénité.

 

A l'heure actuelle, beaucoup de personnes vivent dans l'angoisse et l'inquiétude, dans l'énervement. Sous des dehors conventionnels, il leur manque le véritable bonheur que seul donne un consentement libre et total à l'Amour que Dieu leur porte.

Nous vivons bien souvent dans le passé et nous nous laissons préoccupés exagérément de l'avenir: Nous vivons rarement dans l'instant présent!

    Dieu, lui, existe dans le présent, et c'est maintenant, à chaque minute qui passe que Dieu m'offre sa grâce, son amitié et m'appelle à me donner moi-même en retour.

     Dieu s'est révélé comme étant un Père. Jésus, le Verbe incarné est venu nous dire que son Père des cieux était vraiment le nôtre, non pas seulement en théorie, dans les seuls manuels de théologie, mais réellement, dans le concret de notre existence quotidienne!

     Dans ce qui nous arrive du matin au soir, dans les rencontres que nous faisons au cours de la journée, Dieu est là, Dieu agit envers nous comme un Père qui suit affectueusement les débats de son enfant et suscite en lui un regard, un appel, une réponse...

 

      Dieu est Amour,  Mesdames, Il vous aime chacune d'entre vous d'un Amour infini!

Ce n'est pas de l'imagination en l'air, c'est vraiment la grande réalité de notre foi: elle doit illuminer votre vie!

     Dans les moments de solitude et d'isolement où vous sentez plus profondément peut-être l'absence de celui que Dieu a rappelé à Lui, ouvrez votre âme toute grande à cette Présence invisible de notre Dieu: Il es Père et dans son Fils, il vous appelle à une vie filiale, une vie d'enfant qui fait toujours confiance et s'abandonne...

 

      Mesdames, vous jouez dans l'Église et dans la rédemption du monde un rôle de premier plan, parce que vous êtes associées plus que quiconque à la souffrance du Christ, à la souffrance de la Vierge au pied de la croix. Comme elle, vous avez expérimenté ce que c'est que de perdre l'être le plus cher que vous aviez au monde!

 

       Cette épreuve du passé et qui se continuera de se faire sentir jusqu' à la fin de votre vie, est réellement féconde pour l'Église et source de sainteté, à condition d'être acceptée dans un 'fiat' qui jaillit du plus profond de votre volonté.

 

       Consentir à Dieu, à tout ce qu'il vous demande, vivre dans un 'offertoire' continuel, toutes données à Jésus  et Marie, vous donnera cette force de l'Esprit Saint et cette Paix intérieure qui surpasse les plaisirs d'ici-bas.

 

       Au cours de cette eucharistie, nous allons  être mis en contact, nous allons, ensemble, participer au Mystère, à la fois du sacrifice de Jésus sur la croix et de sa résurrection.

           Je vous invite, Mesdames, à renouveler l'offrande de votre vie, en union avec celle de Jésus. Ayant tout reçu de Dieu, donnez-lui la joie de tout lui donner pour qu'il découvre en vous, les traits, l'âme, le visage de sa Mère.

Il l'a glorifiée pour l'éternité après lui avoir demandé, elle qui était sans péché, de souffrir avec Lui pour le salut du monde. Amen.

                     

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 14:51

Abbaye N.D.d'Orval                             Fête de Saint Jacques

                                                            25 Juillet 1965

 

Frères et soeurs,

 

    Dans l'évangile que nous venons tous d'écouter avec respect en esprit de foi, Jésus s'adresse à ses disciples et leur demande: "Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire?"

Cette question, frères et soeurs,, aujourd'hui, en la fête de l'Apôtre saint Jacques, le Christ Jésus l'adresse à chacunet chacune d'entre nous! Jésus nous interpelle! Son interrogation me concerne: Sommes-nous prêts à nous abreuver à son calice, à participer  à sa Passion pour entrer avec Lui dans son Royaume?

     Vous le savez le Christ nous a sauvés par sa bineheureuse Passioh et par son Exaltation à la droite du Père.

        Par son supplice sur la croix,  Jésus a, en quelque sorte, assumé toute la souffrance humaine. En Lui, parce qu'il était Dieu, la souffrance vécue par Amour, est devenue un moyen de salut et de rédemption.

        C'est pour celà que  Jésus nous invite à porter notre croix à sa suite.

Dans l'épître de ce jour (2 Cor. 4,7-15), vous venez de l'entendre, saint Paul  nous dresse un tableau émouvant des épreuves endurées à cause de son témoignage rendu en faveur de la Résurrection du Christ et de son Evangile.

       Depuis lors, l'Église a continué de souffrir au cours des siècles. Les martyrs d'aujourd'hui sont de véritables témoins qui, par le sacrifice de  leur vie, attestent que le Christ Jésus est ressuscité et qu'Il  donne son Esprit Saint à ceux qui croient en Lui.

 

     Frères et soeurs,, nous qui sommes rassemblés ici , en cette basilique d'Orval, nous formons ensemble le peuple de Dieu, l'Église du Christ; nous avons, nous aussi, notre témoignage à donner, chacun selon sa vocation.

     Et si les moines ont en un certain sens, sacrifié leur vie, consacré leur existence à Dieu dans une vie de prière et de travail, ne pensez-vous pas, frères et soeurs,, que Dieu attend de vous un témoignage de vie chrétienne dans un comportement vraiment évangélique, conforme à la profession de foi de votre baptême?

 

    Même durant les vacances, et surtout peut-être durant ces weekend de saine détente familiale où vous êtes  davantage plus libres dans le choix de vos activités et de vos relations humaines, Dieu vous appelle à toujours progresser dans la foi en son Amour et dans une charité fraternelle attentive et désintéressée.

Les loisirs et les délassements ne sont pas des moyens d'être égoïste, de vivre pour soi sans gêner les autres!

Dans notre civilisation du 20° siècle, les loisirs sont réellement un don de Dieu auquel on  se livre dans la joie et l'action de grâces!: Ils sont une occasion providentielle de rencontres et de communion plus fraternelle dans l'oubli de soi et l'amour vrai du prochain.

    Et nous sentons très bien que pour conquérir cette gratuité dans le don de soi et l'exprimer par toute notre vie, nous avons besoin de Dieu, de son Amour miséricordieux, de son  action purificatrice et transformante.

 

    Frères et soeurs, par les mains de plusieurs prêtres participant à l'unique sacerdoce du Christ, nous allons offrir à notre Père des cieux le sacrifice de notre Rédemption.

    Puissions-nous entrer, de toute notre âme, dans l'action sacrificielle, nous laisser prendre par le Christ et communier dans la foi à son Mystère de Mort et de Résurrection.

Ainsi nous pourrons, avec Lui, en Lui, mourir davantage au péché ,  à tout ce qui nous y conduit et vivre dans la joie et  l'unité, en enfants du Père, Lui qui , dans le Corps et le Sang de son Fils immolé, nous donne un  gage de son Royaume éternel. Amen.


 


12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 08:09

 

Adelin . Billets à Père….

 

         Mon cher Père Adelin,

 

A l’objection d’archéologisme, Madame LUBIENSKA répondrait sans doute ceci :

« Mon expérience et mes expériences de pédagogie religieuse  auprès

des enfants prouvent à l’évidence qu’une fois mis dans le silence et

le recueillement, ceux-ci trouvent devant Dieu des attitudes spontanées

et innées qui correspondent exactement aux gestes liturgiques des

plus anciennes traditions monastiques, et de la liturgie orientale. On les

retrouve dans les grandes religions de l’Islam et de l’Orient. Et Jésus

devait prier ainsi.

Le geste liturgique est le geste spontané de l’homme en face de Dieu.

Dans notre liturgie latine, il s’est étriqué, figé pour être réduit bien souvent à

une ‘rubrique’ qui a perdu parfois toute son expression religieuse traduisant

les sentiments profonds de l’âme en présence de Dieu.

Ici en occident, les gestes liturgiques romains sont l’apanage des officiants

et tous les fidèles  sont frustrés de plusieurs attitudes religieuses inscrites

dans la  nature même de l’homme. La piété tend à devenir cérébrale

sans engager tout l’être dans sa donation à Dieu.

         Réintroduire chez les fidèles ces attitudes liturgiques de valeur

universelle, serait un facteur important de redécouverte du sens de Dieu et de

la prière vraie, Il faut amener les chrétiens  au seuil de la grâce et ensuite

les confier au Seigneur.

 

Réponse de Père Adelin :

 

Tout a fait exact je pense Le remède est « relativement » ( !) aisé du fait que

la liturgie réglemente les attitudes du prêtre, mais point – ou presque –

celle des fidèles…

                                                     **********

Mon cher Père Adelin,

 

Depuis plusieurs jours je réfléchis à un problème. Il est peut-être mal posé.

En voici les données.

-A notre mort nous serons jugés sur notre degré de charité.

-Nous serons   aussi jugés d’après les grâces reçues, les talents confiés.

-Ce qui importe avant tout ; c’est cet instant irrévocable, ce qui l’a

précédé n’étant qu’une préparation avec des hauts et des bas,

un acheminement vers ce don total.

         Un chrétien infidèle à Dieu à un moment donné, peut-il rattraper ici-bas

le degré de sainteté qu’il aurait atteint s’il n’avait pas péché ? L’expiation et

la réparation dues en justice n’effacent-elles que la peine temporelle due

pour nos péchés ? L’abus de grâces se répare-t-il ?

 

A ces questions, j’ai essayé d’y répondre par les considérations suivantes :

-Si pour nous le temps a  sa valeur et que chaque minute qui passe

restera éternellement ce que nous en aurons fait, pour Dieu  le temps

ne compte pour ainsi dire pas.

-Notre sainteté n’est pas une oeuvre de justice mais une œuvre de

miséricorde qui dépasse infiniment tous nos mérites.

-Nous devons chercher à ne plus être pécheurs mais bien plus encore à

nous reconnaître pécheurs.

Orval, le 2O Septembre 1956

 

Mon cher Père Adelin,

 

Je viens d’achever la lecture du premier volume sur le Corps Mystique

du Christ du Père MERSCH.

Si des études théologiques approfondies se justifient par notre

vocation sacerdotale et contemplative sans devoir faire appel à

aucun ministère pastoral, une étude comme celle du Père

MERSCH remplit ce rôle à merveille car elle met en lumière de

nouveaux aspects de ce que Dieu s’est donné la peine de nous révéler

et elle tend d’elle- même à nous introduire davantage dans le

mystère même du Christ Notre Seigneur.

J’ai retiré beaucoup de fruits de ce livre. En voici quelques-uns…

goûtez et voyez s’ils sont bons ! S’il y en a des véreux, signalez-le moi.

Les prédicateurs de retraite et  bon nombre d’auteurs spirituels,

lorsqu’ils exposent le développement de notre vie intérieure et de

nos relations avec Dieu nous remettent presque toujours devant les

yeux de notre foi la présence en nous du Christ et de la Sainte Trinité.

Ils insistent peu, trop peu, me semble-t-il sur le fait que nous

sommes actuellement dans le Christ.

Cette affirmation est aussi évangélique que la première : « manete in

me et ego in vobis » st jean , 14,20.Saint Paul , tout au long de ses

épîtres la répète comme un refrain. Si ces deux thèmes de la

révélation n’expriment qu’un seul mystère celui de notre incorporation

au  Christ , mettre en lumière tout ce que contient le second :

to de carisma toué qeou, xwh aiwuios en cristw Ihsou,

tw kuriw ( Rom. VI, 23).

doden ara nun katakrima tois en Cristw Ihsou (Rom VIII,1)… ouvre de

spLendides perspectives, le don que Dieu nous fait de lui-même en Jésus. !

 

Réponse de Père Adelin.

 

C’est très bien, mon cher frère Alain, je ne vois pas d’erreur ni d’hérésie

dans vos pages, j’y trouve au contraire de fort belles choses. Le dogme

du « Corps Mystique » est difficile à exprimer, autant il est aisé à vivre.

Le livre du Père MERCH vous fait entrevoir l’inépuisable richesse d’aspects

de notre inclusion dans le Christ.Il faut continuer sans hésiter cet ouvrage , n’est-ce-pas ? Après on verra bien.

                                                                  Vôtre en N.S.

 

                                                                  Fr. M. Adelin.

 

   Mon cher Père Adelin,

 

1. A propos de la controverse  entre Thomistes et Molinistes au sujet

des rapports entre la grâce et la liberté, n’y aurait-il pas un argument en

faveur du Thomisme dans la primauté de la prière et du sacrifice parmi

les moyens d’apostolat ?

         Si, comme prétendent les Molinistes, toute la détermination de

l’acte salutaire vient de l’homme, l’enseignement et la prédication ne

seraient-ils pas les plus grands moyens d’apostolat ?

(Je maintiens la nécessité physique de la grâce interne pour cet acte

salutaire en lui-même.)

         L’importance et la valeur apostolique de la vie contemplative affirmées

 p. 385) et son encyclique « Rerum Ecclesiae » (A.A.S. 1926 p. 79) de
même que la conversion de pécheurs obtenue par la prière des saints

ne peuvent, me semble-t-il, s’expliquer que si l’influence de Dieu ,

cause première, s’exerce sur la volonté elle-même par des

« prémotions physiques déterminantes »

Combien de convertis ont été vaincus par la grâce !

Leur liberté n’a pas été violentée mais apparaît ici le mystère de la

dépendance de notre liberté et notre volonté, tout en restant
elle-mêmes, reçues toutes entières et tout au cours de leur exercice,
de Dieu comme de leur source.

 

2. Peut-on affirmer que toutes les vérités  affirmées dans les canons du

concile de Trente sur la justification sont « de fide définita » ?

(Denzinger 811-843)

J’essaye de répondre moi-même à la question.

 

R. La plupart d’entre elles certainement .

Mais sont-elles toutes révélées dans la sainte Ecriture ? Il faudrait le controler.

Peut-être qu’en se rapportant au décret lui-même trouverait-on la solution.

-         je crois que OUI

 

Dans l’Amour de Jésus

 

Fr. M. Alain.

 

Réponse de Père Adelin.

 

1.     Tout ce que vous dites est exact , mais ne concerne ni le Thomisme 

 ni le Molinisme. La primauté de la prière et du sacrifice – primauté
qu’il importe de bien comprendre – prouve simplement que l’Eglise
croit aux grâces EFFICACES : « existit gratia efficax… » (manuel,

n° 180-185) Il s’agit d’un dogme de foi, qu’admettent Molinistes aussi

bien que Thomistes, - dogme qu’il faut d’ailleurs compléter, si on veut bien

le comprendre, par une second dogme non moins essentiel ( manuel ,

n° 186-189) admis lui aussi par les Thomistes aussi bien que par

les Molinistes.

2.     Les canons sont des condamnations d’erreurs. La contradictoire

de l’erreur condamnée doit être considérée comme vérité de foi

définie. Naturellement, il est souvent délicat de manier ces canons qui

disent presque toujours ce qui n’est pas une chose et rarement ce

qu’elle est. Il faut voir chaque cas.

 

 

 

Mon cher Père Adelin,

 

A la fin de la conférence, quelqu’un faisait remarquer qu’il ne serait pas

indiqué de lire en communauté devant nos frères convers, l’article du

Père VOILLAUME sur le rapport des études et de la contemplation .

Ne perdons  pas de vue que la congrégation des petits frères de Jésus

est formée , je pense, au majorité de ‘frères’ et non de prêtres.

Un problème qui n’a pas été soulevé mais qui est des plus actuels est

le rapport  des études avec le sacerdoce d’une part et le rapport des études  avec la vie religieuse d’autre part.

         Dans quelle mesure ne serait-il pas opportun de donner à  tous

les religieux clers ou laïcs  une connaissance des mystères de la foi en rapport avec le degré de leur formation intellectuelle où ils sont parvenus ?

Le Père POULLET S.J. qui est maintenant préfet des études au collège saint Servais me disait Jeudi dernier, ou plutôt nous étions tombés d’accord pour dire que la perspective d’un travail exclusivement manuel était une des causes de la pénurie des frères convers qui de plus en plus devront se recruter  parmi des jeunes gens qui  ont fait leurs études moyennes,  commerciales, techniques ou professionnelles.

Il me semble que la conception de frère convers, telle que se la représente

la jeunesse d’aujourd’hui soit en dehors de ses plus légitimes aspirations.

Vais-je beaucoup trop loin ?

                                                        Dans l’Amour de Jésus

 

                                                                  Fr. M. Alain.

 

Réponse de Père Adelin :

 

Je suis d’accord avec vous. Il serait utile de faire une conférence sur la

relation existant entre études et vie spirituelle. Ce ne serait pas facile parce

qu’il y a beaucoup d’aspects à envisager ? Le dernier N° de « Supplément de

la Vie Spirituelle » contient un très intéressant article sur la formation

doctrinale des contemplatives….

 

 

 Mon cher Père Adelin,

 

N’y a t-il pas une lacune dans l’œuvre du Père MERSCH ?

Il ne dit pour ainsi dire rien de Marie !

Si Marie, mère de Dieu a joué un rôle unique dans l’incarnation, si elle

est corédemptrice avec le Christ, elle doit jouer un rôle unique dans

le Corps Mystique.

La sainte Vierge est médiatrice universelle de toutes les grâces ; Elle est

non seulement un aqueduc mais un pont dont une pile plonge et

s’enracine dans la race humaine rachetée et l’autre pile plonge dans le Christ

et donc en Dieu. Quiconque atteint ce pont se trouve par le fait même de

l’autre côté. Marie est donc plus qu’un intermédiaire, elle est unité.

Le Christ est l’unité du Corps Mystique.

Marie est lien d’unité dans le Corps Mystique.

(Voir encyclique « ad diem illum de Pie X du 2 février 1904. Actes de

Pie X tome I p.76)

 

Marie, le plus beau joyau du Corps Mystique est passée sous silence

aux endroits où sa place est tout indiquée dans une synthèse complète

du Corps Mystique..

Qu’en pensez vous ?

 

                                                        En Jésus et Marie.

 

                                                        Fr. M. Alain. O.C.S.O.

 

Réponse de Père Adelin.

 

Dans sa « théologie du  Corps Mystique », Tome I ch. IX , le Père Merch a

écrit des pages remarquables sur Marie et sa place dans le Corps Mystique…

 

 

 Mon cher Père Adelin,

 

Je viens d’achever la lecture du premier volume du Père MERSCH sur le

Corps Mystique du Christ.

Si des études théologiques approfondies se justifient simplement par

notre vocation sacerdotale et contemplative sans devoir faire appel à

aucun ministère pastoral, une étude comme celle du Père MERSCH remplit

de rôle à merveille car elle met en lumière de nouveaux aspects de ce que

Dieu s’est donné la peine de nous révéler et nous incite d’elle même à

nous introduire davantage dans le mystère même de N.S.

J’ai retiré beaucoup de fruits de ce livre. En voici quelques uns. Ils ne sont

pas nouveaux mais leurs branches greffées sur notre incorporation au Christ,

ils en acquièrent une saveur nouvelle…goûtez s’ils sont bons ! S’il y a

des verreux, signalez le moi !

 

                                                        in corpore Christi.

                                                      

                                                            fr. M. Alain.

          

 Mon cher Père Adelin,

 

Puiqu’en classe l’étude de la Mariologie est en même temps une

première initiation à l’étude des Pères, un premier dégrossissement ne

pourrait –on pas avoir en même temps une petite introduction sur les documents et les Pères qui ne parlent pas de la Vierge Marie  par exemple

la « didachê » saint Clément de Rome, le Pasteur d’Hermas, l’épïtre de

Barnabé, leur contenu, leur valeur, et aussi leur importance dans la

tradition chrétienne -  quelques mots suffiraient. Ainsi à la fin de

l’année, aurions-nous une idée un peu moins vague de l’ensemble de

la patrologie.

Comment pouvoir aimer ce que l’on ne connaît pas ?

 

                                                        Dans l’amour de Jésus

 

                                                                  Fr.M. Alain.

Réponse de Père Adelin :

 

« C’est très juste mais cela allongerait notablement… je crois qu’il vaut mieux

ne pas faire cela en classe. Je vous conseille plutôt de lire TIXERONT,

précis de Patrologie, ouvrage qui garde une très grande valeur ou CAYRE,

si vous aimez mieux (beaucoup plus développé)

 

Mon cher Père Adelin,

 

Au sujet du cinéma, voici le problème qui se pose à moi : Si sur le plan du

livre, il existe des ‘romans’ des ‘livres scientifiques’ et des ‘livres spirituels’

pour nourrir notre foi, pourquoi sur le plan du cinéma n’existerait-il pas des 

‘films spirituels’ puisque nous avons déjà des ‘films romans’ et des ‘films scientifiques. ?

L’idée conduit à l’acte.

L’expérience prouve que pour le mal, l’influence du cinéma est plus forte

que celle du livre, pourquoi n’en serait-il pas la même chose pour le bien ?

Au point de vue surnaturel, l’image accompagnant la parole (film) doit

elle être considérée comme appauvrissante ou distrayante par rapport à

la simple prédication ?

Serait-il possible, moyennant des dispositions d’âme surnaturelles,

de faire de la  ‘ciné-Divina’ comme on fait de la ‘lectio-Divina’ ?

Si l’Eglise dispose d’un grande station de radio pourquoi ne pourrait-elle

pas créer un grand studio de cinéma dont tout le personnel ‘metteurs en

scène, cinéastes, acteurs, actrices , techniciens’ seraient

des âmes consacrées à Dieu (institut séculier par exemple) en vue de

films visant directement l’extansion du Royaume de Dieu et

l’éducation chrétienne et religieuse des fidèles et des religieux :

« films biographiques », films nous donnant le vrai sens de l’Eglise et du

prêtre, de la charité, films nous donnant l’enseignement de l’Eglise, films

pour le cours de religion dans les collèges, pour les cours de théologie dans

les séminaires ( et non pas seulement des films à thèmes religieux.

Il me semble qu’il y a là un moyen d’apostolat direct et d’enseignement

dont nous ne faisons que commencer d’en explorer les virtualités.

                                                                  Fr. M. Alain

Père Adelin : Exact.C’est entendre intelligemment la parole : euntes docete omnes gentes.

 

Père Adelin : Quand Dieu veut qu’on souffre, l’essentiel est de souffrir.

 

Sophisme :

La souffrance a-t-elle alors valeur parce que souffrance ou parce voulue

par Dieu ?

Autrement dit, si elle est méritoire, est-ce comme souffrance , ou

comme obéissance aimante ?

 

Donc  par séparer souffrance (matière) et amour (forme) les deux

constituent l l’œuvre indivisiblement satisfactoire et  méritoire.

 

L’essentiel est : faire la volonté de Dieu, obéir.

 

                    *********************************************

 

    

       Mon cher Père Adelin.

 

Ce que j’apprécie le plus dans la récitation du Pater au début de chaque

heure, c’est l’orientation qu’il donne à l’office :

Vivre dans le christ en enfant du Père, réaliser toute la richesse de

notre adoption filiale en Jésus.

En comprenant la messe, nous comprendrons l’office divin : Le Père

nous donne son Fils qui nous fait ‘passer’ en Lui  pour retourner vers le Père.

Ce n’est pourtant pas le mouvement de nos ‘gloria Patri’ qui présentent les

trois Personnes de la Sainte Trinité pour ainsi dire en face de nous.

Je préfèrerais de loin celle-ci : ‘gloria Patri, per Filium, in Spiritu Sancto’.

Ne serai-ce pas plus conforme à la Sainte Ecriture ? (Saint Paul) .

La prière liturgique doit nous introduire au cœur même de notre Rédemption

par notre identification au Christ Jésus qui nous introduit dans le mystère de sa mort et de sa Résurrection (psaumes du juste persécuté, psaumes de louange)…

Les heures sont des instants privilégiés d’union  nuptiale avec Notre

Seigneur, notre attitude : une attitude d’accueil de Jésus, et d’abandon au

Père dans le Souffle de l’Esprit.

         C’est là, me semble-t-il, l’essence de notre contemplation cistercienne,

la contemplation de la Sainte Trinité ‘par le dedans’ dans la foi et l’Amour.

On en parle si peu.

         Quel détachement de toutes choses et quel oubli de soi n’exige-t-elle

pas cette  prise de possession de nos âmes pécheresses par Dieu

infiniment saint !

 

 

 Mon cher Père Adelin,

 

Voici le plan schématique de deux conférences sur le Corps Mystique.

Notre Révérend Père me disait l’autre jour que si ces conférences étaient

bien faites elles pourraient servir de ‘fiches’ pour la formation des moniales.

Quand vous aurez un peu de temps à perdre, nous mettrons ensemble

une dernière mise au point de cette ‘table de matières’ avant de passe

à la rédaction.

 

                                                        In Corpore Christi.

 

                                                                  Fr.M. Alain.

Domine non sum dignus.

 

Réponse de Père Adelin :

 

Mon cher frère Alain,

 

Je vois que vous avez changé votre sujet : ce n’est plus :

« Le christ mystique, principe d’exégèse des psaumes chez saint Augustin. »

Je crois que c’est dommage. . Vous vous assignez un programme si vaste, que, en essayant de toucher à tout, vous risquez de …ne toucher sérieusement à rien….

Croyez-moi, des conférences de SYNTHESE  sont très difficiles.

Je vous proposais une conférence (ou 2 ou 3 conférences) d’ANALYSE.

C’est plus concret. Vous accrochez plus aisément l’attention, vous

pouvez souligner successivement divers aspects…vous essayez de

camper Saint Augustin sous nos yeux et de nous  le faire goûter après

l’avoir goûté vous mêmes…

La communauté emportera plus fruit d’une conférence vivante et concrète

que d’une conférence forcément abstraite et aux allures de résumé !

 

Mon cher Père Adelin,

 

Après la lecture de cet article ne peut-on pas conclure que l’intelligence

du Mystère Pascal s’identifie pour ainsi dire à l’intelligence de la

sainte Messe ?

Réponse : OUI !!!

Vous rappelez-vous la question que je vous avais posée à la fromagerie lors

de la fête de notre Révérend Père abbé ?

1.     Certains auteurs présentent la Sainte Messe comme étant

le prolongement de la dernière Cène.

2.     D’autres comme étant le renouvellement non sanglant du Sacrifice

du Calvaire.

3.     Tandis qu’un de mes professeurs nous enseignait que la Messe , c’était

le sacrifice du Ciel,, c’est-à-dire que le Sacrifice de la Croix,  offert par

le Christ étant à la fois prêtre et victime éternelle, accepté par le Père, et

se continuant dans les cieux pour toute l’éternité, redescend sur l’autel

pour nous faire participer, communier (union)  au seul et unique Sacrifice

de notre Rédemption.

Dans sa structure, la Messe est donc le Christ glorieux, le Christ Total

qui s’offre à son Père, avec et dans tous ses Mystères, ou plutôt,

comme dit  mon Père Jean, Tout le Mystère du Christ est présent

à l’autel et en particulier le Mystère célébré par la Liturgie.

 

Mon cher Père Adelin,

 

Pour la primitive Eglise, Pâques était « la » fête, représentant,

rendant présent tout le Mystère de notre Rédemption, tout le Mystère

du Christ, sa vie , sa mort,   sa résurrection, sa glorification.

(Le Christ Total, la Tête et les membres.)

 

Si ces considérations sont justes, je comprends vaguement ce que vous

me disiez : nous ne devons pas seulement contempler chaque Mystère

en lui-même mais le considérer en fonction de toute l’économie du Salut.

, le replonger dans le Mystère de notre Rédemption avec lequel  il ne fait

qu’ « un » afin que nous soyons sanctifiés « in veritate ». (Jean XVII ,19)

 

                                                                      Fr M. Alain. O.C.S.O.

 

Réponse de Père Adelin: Voir Dom CASEL: Le Mystère du culte dans

le Christianisme. pp. 137 et suivantes.

 

 

Mon cher Père Adelin,

 

Souvent dans l’évangile, Jésus se désigne par le « Fils de l’homme »

.je m’étais demandé jusqu’à présent ce que pouvait bien signifier

cette formule sur les lèvres de Notre Seigneur.

En lisant dans Migne un passage de saint Augustin, j’ai découvert qu’il y

avait là non seulement une allusion mais une affirmation implicite du

Corps Mystique : « Nullum majus donum praestare posset Deus

hominibus, quam ut Verbum suum per quod condidit omnia,

vaceret illis capput, et illos ei tamquam membra, coaptaret ut esset Filius

Dei et filius hominis, unus Deus cum Patre, unus homo cum hominibus. » (P.L. XXXVII 1081)

 

Lorsqu’avec le secours de Dieu l’on essaye de saisir toute la

compréhension de ces deux termes « Fils de l’homme » par lesquels

Dieu, le Verbe incarné se désigna lui-même, l’on se rend compte de

l’intimité d’union que Dieu a contractée avec l’humanité, mais bien

plus encore  de l’unité réalisée avec le genre humain.

Ainsi donc, lorsque le Christ dit qu’il est le Fils de l’homme, c’est affirmer

par là, l’incarnation, la rédemption « objective » et le corps mystique.

Qu’en pensez vous ?

                                                                      In Christo Jésu

 

                                                                       Fr. M. Alain.

12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 07:51

Abandon  - saint abandon

 

 Abbaye  Notre Dame d’Orval

 

Sermon à des Patronnées.

 

Un jour, un violent incendie éclate dans les dépendances d’une ferme. Le feu se propage rapidement et le quartier d’habitation fut bientôt la proie des flammes.

Les enfants étaient dispersés au moment de l’accident. Personne ne savait où ils étaient.

La Maman voyait la fille aînée et les 2 grands garçons. Elle avait près d’elle son plus petit mais Jacquot où était-il ? Vous n’avez pas vu Jacquot ? Non ?

Tout d’un coup, on entendit de l’étage un appel au secours : Papa ! Maman ! Au secours ! Le garçon était à la fenêtre du premier étage.

Le Papa bondit  en avant pour sauver son enfant mais trop tard ! L’escalier en bois avait pris feu : Impossible de monter à l’étage.

De partout, de lourds nuages de fumée s’élevaient vers le ciel.

Le papa crie alors à son gamin : « Jacquot saute, saute…Je suis là !

-         Mais Papa, je ne te vois pas !

-         Ce n’est rien, je suis là, saute !

 

Et l’enfant se confiant  à l’appel de son Père, se lança dans le vide et tomba dans les bras de son papa.

 

C’est l’image,   de l’attitude que nous devons avoir  vis-à-vis de Dieu notre Père.

Bien souvent s’allument en nous des incendies, petites colères, jalousies etc ou bien c’est autour de nous que l’incendie s’est propagé et nous risquons de nous y  brûler les ailes.

Le Seigneur à ce moment là nous appelle et nous dit : « fais confiance : Je suis là, saute en moi. Je serai ta force et ton soutien. »

-         Mais Seigneur, je ne vous vois pas !

-         Ce n’est rien. Saute ! Abandonne-toi à mon Amour. !

Et du fond de notre cœur,  offrons-nous à Lui et   jetons-nous dans ses bras. Amen.

 

 
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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 07:15

Mon Dieu, mon Père!

 

"Que toute ma vie soit un élan vers Toi!

Un élan d'amour, d'amour de tout petit, tout émerveillé à la vue de tes bras ouverts, de ton Coeur impatient; d'autant plus confiant que je sens davantage mon indigence et ma fragilité, et d'autant plus brûlant de désir que je sais Ta Joie quand Tu trouves une coeur ouvert à tes dons!

     Libère-moi de toute peur: peur de souffrir et de mourir ( joie suprême au contraire!)

peur de m'égarer, d'être infidèle ( je suis aveugle mais  Tu es sage, je suis faible mais Tu es tout-puissant, je tombe sans cesse mais Tu demeures toujours fidèle!), peur de l'inconnu au-delà de la mort ( Ta tendresse m'a toujours porté, c'est entre Tes mains que je remets mon esprit!)

     Que je craigne seulement de ne pas répondre à ton attente pour ceux que Tu me confies; que je craigne surtout de Te peiner...

        Oui, que toute ma vie soit un élan d'amour vers Toi!

Amen

 

 

Père Claude de l'abbaye de Timadeuc, ancien aumônier à l'abbaye La Joie Notre Dame.


21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 13:41

Avent – Sermon pour le 1° Dimanche de l’Avent 1960

 

Pour les personnes qui suivent le calendrier liturgique du ‘rite extraordinaire’ de la messe, voici un ancien sermon; Abbaye N.D.d’Orval Au chapitre, en communauté, en 1960.

 

Mon Révérend Père, mes biens chers frères,

 

Introduction :

 

Il y a des périodes dans notre vie où nous sentons le besoin de nous renouveler, de nous reprendre en mains pour mieux nous remettre dans les mains de Dieu, de tourner une page de notre existence pour en écrire une nouvelle, pour que Dieu puisse en écrire une…

 

Il y a des moments dans notre cheminement vers le Père, où nous avons conscience d’un point de départ tout neuf à franchir, d’une rajeunissement en train de s’opérer, avec devant soi des perspectives de vie féconde, riche en expériences spirituelles…

 

Le début de l’Avent, l’entrée dans cette préparation ecclésiale du Mystère de la venue de Dieu parmi nous, nous offre cette possibilité de recommencer ce qu’un jour, nous ne pourrons plus refaire…

 

Durant ces quatre semaines, l’Église nous invite à nous mettre à l’école de tous ceux qui, dans l’Ancien Testament, ont attendus et désiré le Messie, le Sauveur du peuple d’Israël. « Cieux, répandez d’en haut votre rosée Et que les nuées fassent pleuvoir le Juste. Que la terre s’entre ouvre et fasse germer le Sauveur. » (Is : 45,8) « Envoie, je t’en prie, Seigneur Celui que tu dois envoyer, Regarde l’affliction de ton peuple, Ainsi que tu l’as dit, viens, et délivre nous ! Dans ta bienveillance pour ton peuple, Souviens-toi de nous, Toi, qui apportes le Salut, visite nous. »

 

Si, avec insistance, la liturgie nous met sur les lèvres ces aspirations de plus en plus véhémentes pour que s’accomplisse dans l’Église et en nous la Rédemption, c’est parce que Dieu ne peut se donner qu’à ceux qui l’accueillent et qui désirent vraiment être sauvés par Lui. Nous avons à accepter de Dieu le Salut.

 

La première prière du Nouveau Testament, celle qui inaugure l’économie rédemptrice, n’est pas une prière de demande mais une prière d’acceptation : Marie répondit à l’ange : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole.(Lc 1,38).



 

I. Le renoncement est l’envers de l’amour. Je voudrais ce matin, mettre en lumière une des conditions indispensables au sérieux de notre participation active au Mystère de l’Avent : Je veux parler de la loi du renoncement chrétien. Ce dernier n’a pas, dans le monde, bonne réputation l’heure actuelle…

 

On ne prie pas d’abord pour se sanctifier, mais on se sanctifie, on est sanctifié par Dieu pour mieux prier. Dieu est le but, Dieu est le terme vers lequel toute notre vie doit s’orienter. Et la prière, l’adoration ne peuvent être une compensation au refus de progresser dans la mortification de soi. Dans notre univers marqué par le péché, où la tendance à la recherche de soi est si persistante, il n’y a pas d’amour authentique sans renoncement : Le renoncement est ainsi l’envers de l’amour et l’on peut dire qu’un chrétien, qu’un moine qui a cessé de progresser dans le renoncement, a cessé de progresser dans l’amour.

 


 

II. Le désir du Dieu Sauveur exige l’expiation des péchés. La Joie de notre délivrance prochaine, de notre rachat par le Christ, est liée à la prise de conscience du péché dans lequel nous sommes enfoncés. « Réveillez votre puissance Seigneur et venez, pour que, dans le grand péril où nous sommes à cause de nos péchés, nous puissions trouver en Vous le défenseur qui nous délivre et le libérateur qui nous sauve » Tous ces cris d’espérance, tous ces appels au Christ Rédempteur du genre humain n’auront vraiment d’efficacité que si notre volonté est résolue à réparer le péché et par conséquent à entrer dans la voie de l’immolation…

 

Mais, me direz-vous, nous ne sommes pas en carême ! Que vient faire votre sermon sur l’expiation, alors que nous sommes déjà subjugués par le charme et la tonalité si spéciale de nos mélodies et de nos antiennes de l’Avent ! Parlez nous plutôt des oracles d’Isaïe, de la figure de saint Jean Baptiste ou de la maternité divine de Marie ! Que vous répondre sinon que le mystère chrétien est UN. Il est essentiellement Mort et Résurrection. La Résurrection du Christ n’a été une vraie résurrection que parce que sa mort a été une vraie mort, un vrai supplice. De même, la grâce propre du Mystère de Noël, la nouvelle naissance du Christ dans nos âmes, sa manifestation au monde n’auront vraiment lieu que dans la mesure où nous auront mérité de la recevoir, et dans la mesure ou l’Eglise aura été purifiée en profondeur.

 

En d’autres termes, le désir du Libérateur qui nous sauve ne prendra toute sa dimension chrétienne et liturgique que si nous sommes capables de renoncer, non seulement à nos désirs instinctifs, mais également à des désirs légitimes de façon à libérer nos puissances de désir et de les brancher réellement, avec la grâce de Dieu sur le Christ Jésus qui doit venir. « Ce n’est pas en me disant : viens Seigneur, viens Seigneur qu’on entrera dans le Royaume de cieux mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux. » (Mt 7.) dit Jésus.

 


 

III. Le renoncement est une option au service de l’amour. Plus on avance dans la vie religieuse, plus on a tendance à se garantir, à se protéger contre tout ce qui viendrait déranger nos habitudes, nous déloger du petit trou dans lequel on est blotti. Aujourd’hui, la pensée d’une mortification volontaire, gratuite, en témoignage d’amour et de réparation tend à faire place à une « option pour les valeurs. ». Il est un fait que la hiérarchie des valeurs n’est plus tout à fait la même chez les jeunes que chez la génération qui les a précédés. Chaque époque est sensibilisée à certaines valeurs qui ne disaient rien à l’époque précédente.

 

Il s’ensuit que la façon de se renoncer peut également varier et être très réelle tout en étant très différente : Ainsi, par exemple, se priver de dessert au dîner est une mortification dans la ligne de la tradition ascétique, une mortification du goût que nous faisons tous ensemble le Vendredi ! D’un autre côté, celui qui cherche délibérément a se conduire en adulte dans sa vie religieuse doit renoncer à ses réactions infantiles, à des idées préconçues, à sa propre mentalité parfois pour adopter une nouvelle manière de penser et d’agir, une nouvelle manière d’obéir, conforme à l’idéal de maturité poursuivi. Ce travail d’ascèse est déjà beaucoup plus profond et peut être inconnu de celui qui se prive de manger ! Mais l’essentiel, dans les deux cas, c’est d’être au service de la charité, de « préparer le chemin du Seigneur et d’aplanir ses sentiers. » « Produisez un fruit qui soit digne de repentir, Nous crie saint Jean –Baptiste, Tout arbre qui ne porte pas de bon fruit Va être coupé et jeté au feu. »

 


 

IV. Le sacrifice dans la joie nous prépare à la venue de Jésus. Je crois, mes biens chers frères, que c’est dans cette fécondité du sacrifice voulu et spontanément consenti par amour que la liturgie de l’Avent prendra sa dimension la plus enrichissante. La liturgie est, dans sa substance, le culte que le Christ Total, le Chef et ses membres, rend au Père sous la mouvance de l’Esprit. La liturgie actualise et prolonge dans l’Église l’activité sacerdotale du Christ grand prêtre. S’exposer délibérément au sacrifice jusque dans de petites choses se situe dans la ligne de notre baptême et de notre profession et nous dispose à entrer plus avant dans l’Unique Sacrifice Rédempteur mis à notre portée dans l’eucharistie.

 

Le Mystère de l’Avent peut, dès lors être vécu en profondeur. Il n’est plus quelque chose que l’on contemple de l’extérieur et qui resterait à la superficie de nous-mêmes. Toutes les messes de l’Avent, ces antiennes et ces capitules qui nous parlent de la venue de Jésus seront goutées, seront savourées dans la Joie de l’Esprit Saint parce qu’il y aura une harmonie réelle, une conformité plus grande, il y aura une affinité toujours plus vive entre cette destinée du Christ qui vient à nous et notre réponse à le suivre pas à pas. « Dieu, nous dit saint Léon au 4° Dimanche, Dieu en nous aimant, nous réforme sur son image ; et pour trouver en nous les traits de sa bonté infinie, il nous donne ce qu’il faut pour faire ce qu’il fait lui-même : Il illumine notre esprit et nous enflamme du feu de sa charité, pour que nous l’aimions pas seulement lui-même, mais que nous aimions tout ce qu’il aime. »

 

 

 

Tel est, mes biens chers frères, l’active passivité à laquelle Dieu nous convie durant l’Avent : « Nous vous en prions, Seigneur, Réveillez nos cœurs pour préparer la route à votre Fils unique, Afin que sa venue nous permette De vous servir avec une âme plus pure. » « Excita Domine corda nostra Ad praeparandas Unigeniti tui vias, Ut per ejus adventum, Purificatis tibi mentibus servire mereamur. » Amen.

14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 15:36

Approches et réflexions sur le phénomène de la rencontre.

 

Abbaye N.D. d’Orval.

 

Mon Révérend Père, mes biens chers frères,

 

Je voudrais ce soir, vous entretenir sur ce sujet de la rencontre car il s’agit d’une valeur des plus élevées qui soient et en même temps, une valeur très fragile, très vite menaçée,..Nous le savons par expérience, il suffit de pas grand-chose, d’un malentendu, d’une façon de faire qui nous irrite, pour nous rendre incapable de véritable rencontre avec tel ou tel frère et silencieusement deux agressivités s’affrontent…

Cette conférence n’est pas une synthèse doctrinale, ce sont des approches, des aperçus concrets, des coups de sonde par ci par là qui essaieront de nous faire découvrir la réalité de la rencontre avec toutes nos facultés d’intuition et notre façon personnelle de réagir devant les personnes et les évènements.

Nous verrons d’abord ce qu’est la rencontre, son importance, ses différentes manifestations.

Ensuite, nous verrons les obstacles  à la rencontre et enfin  nous aborderons les conditions de la rencontre.

 

                             I.L’importance de la rencontre et ses manifestions.

 

Et d’abord, qu’est-ce que la rencontre ?

Quand puis-je dire que je rencontre vraiment quelqu’un ?

Si vous le voulez, partons d’une expérience concrète et banale.

Il vous est peut-être déjà arrivé, en passant  à l’hôtellerie, de ne pas faire attention à un groupe de personnes qui bavardent dans la cour d’honneur.

Tout à coup, l’une d’entre elles se retourne, c’est justement un de vos amis !

De dos, vous ne l’aviez pas reconnu. « Tiens qui voilà ! Comment vas-tu ? »

Il y a là une rencontre. Que se passe-t-il ? Les visages s’éclairent, les mains se tendent. De suite, entre vous et votre ami se produit un certain échange affectif.

Il s’établit un pont entre vous deux par lequel se créent et se nouent des liens d’ordre personnel.

Et ces liens se fondent sur un minimum d’attirance réciproque.

D’où il résulte une actualisation de communion interpersonnelle. La conversation qui s’engage alors n’a souvent d’autre but que d’alimenter cette rencontre.

 

Il existe évidemment diverses sortes de  rencontres. Il y en a qui nous sont imposées par Dieu et par la nature ainsi, par exemple, la rencontre entre les parents et leurs enfants.

Quand une jeune maman emmaillote son enfant, elle cherche surtout une chose : susciter le premier regard de son bébé, rencontrer son sourire : elle l’éveille à la rencontre…

Quand nous recevons la visite de nos parents,  tout le monde est assis sur des chaises  à ne rien faire,  on ne fait rien d’autre que se rencontrer.

Chaque année, nous posons les mêmes questions : « Comment va Pierre, que  devient  Paul ? »

Apparemment, chacun a perdu une journée, et pourtant, pour les parents, cette visite à Orval est un sommet dans leur vie, ce sont des heures uniques dans leur existence  parce qu’ils ont rencontré leur enfant !

 

Il y a une autre sorte de rencontre, libre, choisie,  celle-ci, mais indissoluble et institutionnalisée, c’est le mariage.

Un beau jour, un jeune homme et une jeune fille se sont rencontrés et que font-ils au cours de leurs fiançailles ? Ils essayent de se rencontrer un peu plus sur le plan affectif et sentimental, sur le plan des idées qu’ils partagent et confrontent.

Ils mettent en commun leurs projets d’avenir, leurs désirs, leurs façon de voir.

Le mariage lui, leur permettra de se rencontrer à tous les niveaux de leur être personnel, à la fois spirituel et corporel. La vie conjugale n’est au fond qu’une rencontre qui  se continue… Et dans le foyer, les difficultés commencent lorsque les époux ne savent plus, à certaines heures, se rencontrer vraiment.  Les disputes, les scènes de ménage, les rancunes les séparations, les divorces, l’onanisme sont  tous des incapacités de rencontre à différents degrés : Ce sont des échecs de la rencontre.

C’est pour cela que dans les groupes de foyers, dans les équipes Notre-Dame, une de leurs obligations consiste dans le ‘devoir de s’asseoir’, s’arrêter et réapprendre  à se rencontrer.

 

Une autre forme de rencontre, c’est l’amitié. L’amitié est également libre mais, à la différence du mariage, elle n’est pas institutionnalisée. Elle n’a aucun soutien, aucune aide extérieure   pour se protéger et être préservée.

Une amitié ne se maintient que par sa propre consistance intérieure et, dans la mesure où elle est vraie, elle comporte une certaine indissolubilité.

Une véritable amitié exige une fidélité pour toute une vie. C’est pour cela que les vrais amis sont rares.

 Dans le monde, beaucoup d’amitiés, au sens courant du mot, ne sont que d’aimables relations sociales. Il suffit parfois de déménager,  de changer de milieu, de profession pour que ces  relations amicales se dissolvent au profit de nouvelles amitiés.

 

Vous voyez, en de ça de l’authentique amitié, vous avez toute cette gamme de  rencontres d’intensité diverse mais qui se caractérisent toutes par une mise en présence de personnes qui ont entre elles des rapports provoquant un comportement, un dialogue dans lesquels une unité, une communion cherche à se réaliser du moins à certains niveaux de la personnalité. Ainsi, par exemple, entre collègues d’un même bureau, entre camarades de travail, entre compagnons de  route, entre confrères d’une même communauté ou bien dans des contacts d’ordre professionnel.

 

Il y a une grande différence, par exemple, entre un médecin qui considère ses malades comme des ‘cas’ plus ou moins intéressants, sur lesquels il prononce un diagnostic médical et un médecin qui considère chaque malade comme une personne unique au monde avec tous les égards, l’intérêt, l’attention que cette rencontre comporte.

 

 

Il y a des malades, surtout si leur psychisme est déficient, qui se sentent à moitié guéris après avoir vécu une consultation dans  ce climat de confiance, de réconfort et de chaleur humaine.

  Prenez  deux vendeuses de grand magasin, la première voit dans sa clientèle des portefeuilles à dégarnir, la seconde se met  au service des personnes, cherchant réellement à répondre à leurs besoins, à rencontrer chaque client dans ses goûts et ses désirs. Elles vendent peut-être, toutes les deux, la même marchandise,  mais le comportement l’attitude intérieure sera différente et nous savons où se trouve la vraie charité…

 

On pourrait en dire autant du commerce en général : Avant d’être un échange de produits et une question d’argent, il est une possibilité de rencontre entre les hommes.

 

Le travail, c’est  la même chose : Le travail devient inhumain lorsqu’il absorbe les énergies humaines à un tel point qu’il rend de plus en plus impossible la rencontre des ouvriers entre eux et avec les patrons.

Quand un chef d’entreprise traite ses ouvriers comme des machines ou uniquement d’après leur capacité de rendement économique, il méconnait leur capacité de rencontre et ces hommes ou ces femmes sont atteintes dans leur dignité personnelle.

Nous sommes faits, nous sommes créés pour la rencontre….

 

Nos moyens d’expression : la parole, le regard, le sourire, nos gestes, nos silences sont des moyens de  rencontre….et ils deviennent nocifs, ils sont des péchés lorsque, vis-à-vis d’autrui, ils ne sont plus au service de la rencontre, par exemple, l’arrogance, la jalousie, le mépris, le harcèlement : toutes les formes de recherche de soi.

 

Pour pendre un exemple que tout le monde connaît : Le charme, la force et la personnalité de notre Reine Fabiola provient, en grand partie, de sa puissance de rencontre qui est extraordinaire. Toutes les photos que vous avez pu voir, nous la montre dans une attitude de rencontre aussi bien avec les enfants, les petits gens, les malades qu’avec les hautes personnalités du pays ou de l’étranger.

 

Si telle est l’importance du phénomène de la rencontre dans la vie humaine, il n’est pas surprenant de constater que tout le christianisme est un appel  à la Rencontre sur une plan supérieur, sur un plan surnaturel : Rencontre de l’homme avec Dieu dans la prière, rencontre du pécheur avec le Christ sauveur : Le baptême, le sacrement de la réconciliation, l’Eucharistie,.. Rencontre du Fils de Dieu et de l’humanité dans l’Incarnation, rencontre  du Verbe incarné dans  la Gloire du Père… On pourrait  envisager tous les grands dogmes sous cet  aspect de la rencontre : La Trinité, l’Église, la grâce, etc.

 

Toute la vie monastique pourrait être considérée sous l’angle de la rencontre et même des réalités comme la solitude, le silence, la clôture, n’ont de sens que dans la perspective d’une Rencontre sur un plan plus élevé.

 

La vie de communauté n’est qu’une succession de rencontres et les difficultés surgissent lorsqu’ il y a rupture de rencontre ou qu’elle est insuffisante.

Dès qu’on est malade et séquestré  à l’infirmerie, il ne faut pas longtemps pour être tout heureux de recevoir de la visite parce que l’on est sevré de rencontre…

Les observances préparent, alimentent la rencontre ou  se situent dans le contexte d’une rencontre.

Lorsqu’au mois de Novembre, l’invitateur a  lu les Constitutions au chapitre, ce qui m’a frappé c’est justement ce contraste entre cette énumération sèche et juridique des observances et cette densité  de rencontre et d’amour dont elles sont l’expression.

 

Le chapitre des coulpes, par exemple, gardera toute sa valeur dans la mesure où il se fait dans un climat de rencontre.  C’est ce  qui fait la force de la révision de vie chez les Petits Frères de Jésus.

 

De même, pour les grandes vertus comme l’humilité, l’obéissance, la chasteté, elles ne sont authentiques que s’il y a véritable rencontre.

A fortiori pour la vertu de charité qui  est la grande rencontre sur le plan surnaturel.

Vous vous souvenez ce que nous disait le chanoine Guelluy au cours de sa retraite : « Lorsqu’il est devenu impossible de se rencontrer sur le plan humain, il est toujours possible de se rencontrer sur le plan de la charité. »

Dès qu’elles ne sont plus au service de la rencontre, ces vertus dégénèrent. Il y a quelque chose de forcé, d’artificiel qui s’y introduit.

Ce rapide tout d’horizon nous fait saisir l’importance et la nécessité de  la rencontre dans notre vie. Il nous amène à nous poser la question : Quels sont les obstacles  à la rencontre.

 

                                    II.Les obstacles  à la rencontre.

 

Nous en retiendrons deux : l’échec, la souffrance non acceptée et la réussite trop prise au sérieux.

 

1)    L’échec et toutes les formes de souffrance sont des armes à double tranchant : Si on les accepte vraiment, elles  transfigurent un homme ; si on se laisse écraser par elles, si on s’y refuse, si on se cabre devant elles, elles sapent toutes mes possibilités de rencontre.

Monsieur Hendrikx, vous savez, celui qui a deux jambes coupées et que mon Père Bernard promène dans sa voiturette… Voilà un homme qui, depuis son infirmité, a acquis une sérénité, une capacité d’accueil et de rencontre qui frappe dès le premier abord.

Mme Vandermerch, présidente du mouvement ‘offertoire’, mouvement spirituel des veuves, dit ceci : « Une jeune veuve, dont le mari a été tué dans un accident d’auto et qui n’arrive pas à accepter son épreuve, se révolte, se replie sur elle-même, ne veut pus voir personne, perd toutes ses possibilités de rencontre, tandis qu’une autre qui  y reconnait la volonté de Dieu et qui embrasse de toute son âme sa souffrance, acquiert une sérénité et une puissance d’accueil renouvelée. »

 

Mon Révérend Père, mes biens chers frères, sans éprouver ces grandes souffrances humaines que sont le veuvage ou une infirmité incurable, nous avons, nous autres, nos petites souffrances, nos petits échecs de toutes sortes : Une déception, une désillusion, une douleur, un complexe, un défaut ou même un péché qu’on  n’arrive pas à extirper… un manque d’égard ou une injustice ou du moins ce que l’on croit tel… Que sais-je ?

Si tout cela n’est pas vraiment accueilli et dépassé, si on bute dessus, tous ces échecs engendrent des sentiments, des états psychologiques qui détruisent en nous notre capacité de rencontre : La défiance, la dépression, l’amertume, la bouderie, l’aigreur, le durcissement, le ressentiment, ou bien des préjugés, des idées toutes faites sur les autres, des jugements bien arrêtés sur tel ou tel, etc…

Au fond, le grand obstacle à la rencontre, c’est l’orgueil, l’orgueil dans l’échec comme l’orgueil dans la réussite, nous le verrons de suite.

Tandis que l’aveu, le repentir, le pardon sont tous  des mouvements de rencontre. C’est pour cela que l’humilité est l’attitude fondamentale de la rencontre avec Dieu et avec  nos supérieurs également …

 

Dans la parabole de l’enfant prodigue, les faits sont significatifs et très éclairants : Dès que le fils prodigue a reconnue son péché et son échec, il est parti  à la rencontre de son Père tandis que le frère aîné, le ‘bien-pensant’, qui n’a pas accepté son  échec – il n’a pas eu de chevreau pour manger avec ses amis - , il se drape dans son amour propre et refuse de rencontrer son frères et s’exclut lui-même du festin, du repas qui, lui aussi, est une rencontre entre tous les convives.

D’ailleurs, toutes les belles scènes de l’évangile sont des scènes de rencontre : Prenez l’Annonciation, la Visitation, la Noël, les Rois Mages, Jésus au milieu des docteurs, la rencontre avec les malades, avec la Samaritaine, la femme adultère, même sur la croix, Jésus rencontre le bon larron. Il rencontre sa Mère et saint Jean.

 

2)    Le succès, la réussite, la richesse peuvent être également des obstacles à la rencontre.

Les gens très intelligents auront plus difficiles à rencontrer les autres que les gens qui le sont moins. C’est la raison pour laquelle tant d’hommes de génie, qui, par ailleurs, réussissaient  magnifiquement, ont rendu la vie impossible à leur entourage.

Les gens distraits aussi…. Mais c’est pour une autre raison : Ils ne sont pas présents  là où ils se trouvent.

Le mystère de la rencontre est lié au mystère de la ‘présence’.

La richesse et surtout l’enrichissement sont des obstacles à la rencontre dans la mesure où on s’attache à l’argent et aux biens matériels.

Si je suis attaché aux choses, je ne suis plus disponible aux personnes : « Là où est ton trésor, là est aussi ton cœur. » dira Notre Seigneur.

 

Mon  Révérend Père, mes biens chers frères, la pauvreté est une valeur qui facilite la rencontre. Les Petits Frères de Jésus sont capables de vraiment rencontrer tous les hommes surtout ceux qui croupissent dans la misère, parce qu’ils vivent dans le dépouillement.

Tout le problème soulevé par le colonialisme et les ressentiments des peuples colonisés proviennent, en grande partie, de ce que les blancs n’ont pas vraiment rencontré les noirs à cause de leur supériorité, de leur richesse.

Inconsciemment, ils écrasaient, ils humiliaient, tout en voulant donner ce que notre civilisation occidentale avait de meilleur.

 

« Souviens-toi, disait saint Vincent de Paul  à une Dame de la Charité – dans le film que vous avez tous vu – que tu devras te faire pardonner le pain que tu donneras…. »

 

Celui qui réussit trop bien dans ses affaires, celui qui s’affirme, domine son entourage et fait marcher tout le monde au doigt et  à l’œil, un homme de pouvoir,  se rend de plus en plus incapable de rencontre.

Au lieu d’une domination, d’une supériorité, la rencontre exige un certain abandon, une disponibilité, j’allais dire une vulnérabilité : Elle exige l’humilité.

 

                      III.Le terme de la rencontre : le Christ Jésus.

 

La rencontre est un risque, car plus une rencontre est profonde, plus elle demande d’engagement et donc de fidélité. C’est pour cela que les grandes rencontres se font à l’âge d’homme : Des enfants se chamaillent ou jouent ensemble tandis que c’est en pleine maturité que se crée la rencontre du mariage et la rencontre des hommes au sein d’un tout  nouveau milieu de vie qu’est une profession.

La grande rencontre  avec Dieu dans la mort se situe au terme de notre pérégrination terrestre et engage notre éternité…

      Le besoin de rencontre, s’il est un risque est aussi l’aveu de la radicale indigence de l’homme à s’achever par lui-même dans le déploiement d’un effort solitaire.

L’aspiration à la rencontre nous montre que l’homme ne se réalise pas dans l’épanouissement de ses propres forces mais en laissant entrer dans sa vie Quelqu’un ! Il s’agit d’attendre d’un autre notre bonheur et le renouvellement profond de notre vitalité.

 

Mon Révérend Père,  mes  biens chers  frères, ce qui est vrai sur le plan humain dans l’état de mariage ou dans la chaleur de l’amitié l’est encore davantage sur le plan chrétien et monastique.

 Toute la vie chrétienne n’est-elle pas une appartenance à un Autre, le Dieu Vivant dont nous devons consentir  à tout recevoir ?

 

Le besoin de rencontre ne se trouve vraiment comblé que dans la rencontre du Christ Jésus, dans l’ouverture de toute notre vie à la Sienne dont nous attendons le Salut et la vie éternelle…

 

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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 09:03

Robert saint. 1962

 

Abbaye N.D.d’Orval.           Sermon  en la fête de saint Robert

                                            Fondateur de l’abbaye de Cîteaux.

                                            1962.

 

Mon Révérend Père, mes biens chers frères,    

 

Je n’ai pas l’intention ce matin, de retracer,  une fois ce plus, les péripéties de  la fondation de Cîteaux !

Je voudrais simplement réfléchir avec vous quelques instants, sur un aspect de notre raison d’être et de notre présence ici à Orval :  la sainteté par la Croix.

Nous verrons d’abord comment la Croix de l’Église avec celle de Jésus, constitue   une seule Rédemption.

Ensuite, nous ferons allusion aux contrariétés que saint Robert a du subir par amour pour sa vie monastique.

Enfin, nous terminerons en montrant combien cette épreuve est sanctifiante lorsqu’elle est surnaturellement accueillie.

 

I.                  Le Christ Total doit passer par la Croix .

 

Lorsqu’un religieux meurt, le souvenir  qu’il laisse à la communauté est proportionnel, peut-on dire à la qualité de sa vie monastique : Ses défauts, on les oublie très vite, sa compétence dans les emplois successifs, on en parle à peine une fois, mais s’il fut un saint, tout le reste s’estompe devant cette réalité permanente éternellement fixée dans la vie de Dieu.

  Nous fêtons saint Robert aujourd’hui, non seulement à cause de son rôle historique de fondateur d’Ordre mais à cause de son éminente sainteté. Sa fête nous rappelle que nous sommes nous aussi appelés à la perfection de la charité !

  Il y a dans toute vie religieuse, nous disait le Père Van Wynsberghe des options décisives pour le progrès de la vie théologale. Tôt ou tard, des épreuves surviennent. La façon des le accueillir ou bien nous fait participer davantage à la Croix de Notre Seigneur ou bien nous ferme à cette purification nécessaire.

 

La Croix est un Mystère.  Malgré l’enseignement et l’exemple de Jésus,  il nous est  difficile de la trouver normale et de l’accepter comme une grâce du Seigneur.

La fermeté de saint Benoît pour interdire le murmure nous montre que la disposition d’âme voulue pour traverser les difficultés doit être éclairée par la foi et soutenue par l’espérance et un grand amour.

La Croix n’est pas quelque chose de facultatif, un luxe pour âme d’élite. Elle fait partie intégrante de la vie chrétienne. La sainteté et l’union avec Dieu en sont le prix. Mais pour comprendre ce Mystère, il nous faut regarder Notre Seigneur.

  Lorsque nous contemplons la passion de Jésus, nous nous représentons souvent un homme marchant volontairement au supplice et nous nous disons : Il était Dieu ! Et nous en restons là ! Un journaliste chrétien aurait pu faire un reportage semblable, il  y a  2000 ans, si Pari-Mach avait existé ! 

La contemplation du Mystère Pascal nous ouvre de plus larges horizons.

Au Calvaire, dans le condamné qui agonise sur la croix, le Christ Total invisiblement y est présent, représenté seulement par son  Chef, ce Jésus de Nazareth, né de la Vierge Marie.

Sur la Croix, Notre Seigneur fait l’offrande de l’humanité entière qu’il récapitule en Lui.

Pour que ce sacrifice prenne ses véritables dimensions, il fallait que l’ombre de la Croix s’étende au genre humain tout entier.

Autrement dit, le Mystère de  la mort et Jésus sur la Croix n’acquiert sa  pleine signification et  ne révèle sa richesse totale que dans le mystère de notre vie chrétienne et monastique, dans notre propre participation au sacrifice de Jésus.

C’est là, mon Révérend Père, mes biens chers frères, la grande grâce de notre messe et de notre communion quotidienne, mais également la grande grâce   des contrariétés et des épreuves de tous les jours !

  La messe, c’est l’oblation rituelle faire par l’Église de l’Hostie du Calvaire,

Nous y plantons notre petite  croix à côté et dans le rayonnement de la grande Croix du Crucifié.

Si nous étions logiques, si nous réfléchissions à notre comportement lorsque ensemble, nous ratifions le sacrifice en chantant l’Amen qui termine le canon, nous dirions au Seigneur : «  Oui,  mon Dieu, c’est jusque là que j’accepte de vous suivre, jusqu’à la mort, jusqu’à la croix !  

Sans doute, aurions-nous l’impression de faire écho aux protestations de saint Pierre lorsqu’il descendait du mont des Oliviers. Mais Jésus qui connait ce qu’il y a dans l’homme nous a donné le sacrement de pénitence.  Chaque fois que nous nous confessons, Jésus nous regarde avec ce regard empreint de bonté et de miséricorde, qui transperça l’apôtre dans la cour du grand-prêtre.

Depuis lors, le Christ est ressuscité. L’esprit Saint est répandu dans nos cœurs. La force de Dieu nous est acquise dans les tribulations, dans la mesure où nous sommes intérieurement libres pour la recevoir.

 

                                 II.Les épreuves de saint Robert.

 

S’il y eut un moine qui fut contrarié et contrariant pour les autres, ce fût bien saint Robert ! Imaginez quel branle-bas dans la communauté si une demi-douzaine d’entre nous, insatisfaits de  la vie monastique à Orval, voulaient partir envers et contre tout  pour une nouvelle fondation !

Ce conflit nous donnerait  à peine une idée de la virulence des querelles monastiques à Molesme entre partisans de l’observance de Cluny et partisans de la vie austère des Pères du désert.

 

 Nous idéalisons quelques fois la sainteté de nos premiers Pères d’après les statues qu’on en a faites ! Il est bon de voir Robert, malgré un tempérament qui devait être instable : - il entra successivement dans une vingtaine de communautés ( Les moines blancs,  par L . LEKAÏ , 25) -  tendre néanmoins vers une plus haute perfection, sans laisser tomber les bras.

Il  fut en butte  à la contradiction partout où il  passa. Il avait une telle charité qu’on ‘osait’ le contrarier !

A chaque épreuve, il rebondissait dans la poursuite de son idéal monastique entrevu.

 

 

         III.Contrariétés et vie théologale.

 

Il suffit de méditer sur la vie mouvementée de saint Robert pour nous rendre compte que la paix bénédictine n’est pas nécessairement celle que nous recherchons…Il y a une façon de savourer une tranquillité intérieure qui n’a rien d’évangélique ! La sérénité propre au contemplatif n’est pas en-deçà des conflits de l’existence mais au-delà, dans leur solution humaine et surnaturelle.

  Aussi longtemps  que ‘tout va très bien’ et que nous bénéficions de la serviabilité de nos frères, la louange du Seigneur et la charité fraternelle coulent de source ! Mais, c’est au moment de l’épreuve, lorsque plus rien ne va, lorsque nous nous sentons jugés et critiqués – à tort ou à raison, peu importe -  que se dégage vraiment notre foi et notre confiance en Dieu.

  C’est au moment où il ne nous est plus possible de nous appuyer sur les hommes que nous sommes acculés à nous appuyer sur le  Seigneur, à croire à l’Infini de son Amour…

Il y a dans cette réaction, une purification de notre vie théologale que nulle euphorie ne peut provoquer.

De même que Notre Seigneur n’a pu ressusciter dans son corps que parce qu’il est mort dans son corps, ainsi nous ne pouvons communier à sa résurrection que dans la mesure où nous communions  à sa croix.

 

                                                  *************

 

Mon Révérend Père, mes biens chers frères, dans le rayonnement de Pâques, en cette fête de saint Robert, puisse le Seigneur nous accorder la grâce d’accepter la Croix qu’il nous présente, celle justement que nous n’avons pas choisie.

Refuser la Croix, c’est capituler devant la vie, se retirer sur des positions préparées à l’avance.

La vie, aussi bien sur le plan humain que sur le plan spirituel, n’est pas dans une ‘auto-défense’, dans la quiétude d’un paisible ‘vivotement’, la vie est en avant, dans le dynamisme d’une âme qui s’appuye sur l’optimisme de Dieu.

  Au lieu de mener   à la dépression, la Croix est alors un tonifiant portant en lui la richesse d’une proche résurrection. Amen.

 

 

9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 14:12

Amour des ennemis 6                             Mt 5,43-48

 

Abbaye N.D. d’Orval                             Samedi la 1° semaine de Carême

 

Frères et sœurs,

 

  Le Christ Glorieux, le Christ vivant est présent au milieu de nous !

Le Christ vient de nous parler ! Il nous révèle ce que le Cœur du Père attend de chacun, de chacune d’entre nous !: « Aimez vos ennemis, dit-il, et priez pour ceux qui vous persécutent. »

Quels sont, frères et sœurs, ces ennemis que le Seigneur nous demande d’aimer ?

Jésus les met simplement en antithèse avec nos amis qui nous aiment et nous font du bien : « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? »

 

Frères et sœurs, nous avons besoin d’amitié et tous, nous apprécions la richesse de cette expérience unique, cette communion profonde avec nos amis, dans la découverte, ensemble, des mêmes biens humains et spirituels.

  Et pourtant, dans le cheminement concret de l’amitié, dans le choix de nos amis, nous sommes portés inconsciemment à nous retrouver dans les autres, à aimer dans les autres ce que nous voulons justifier et défendre en nous-mêmes !

Nous entrons facilement en relation avec ceux qui pensent comme nous, qui ont les mêmes principes, les mêmes affinités, les mêmes goûts que les nôtres :

Ils justifient notre comportement !

Nous cherchons ainsi, bien souvent, dans nos relations personnelles, des miroirs de ce que nous sommes et ce ce que nous voulons être.

 

Frères et sœurs, le Christ nous appelle à sortir de ce ghetto où nous cherchons constamment dans les autres  des besoins de sécurité. L’Amour qu’il est venu nous apporter est plus vaste et plus beau !

Il est à la dimension du monde. Il est à la dimension de l’homme !

Dieu nous appelle a aimer l’homme en lui-même, pour  lui-même, même si nous ne savons pas  le voir en peinture, s’il nous énerve, si nous ne savons pas nous retrouver en lui.

D’où cette invitation à l’attention, cet effort de compréhension par laquelle nous essayons d’entrer dans la peau de ce prochain que nous  aimons ou que nous n’aimons pas, pour vivre avec lui, son cheminement  intérieur.

Cela suppose que nous évitions, avec la force du Christ, de classer notre prochain, de l’enfermer dans nos catégories, nos préjugés, et de projeter sur lui nos craintes  en durcissant ses positions !

 

Frères et sœurs, l’amour fraternel est une œuvre de grâce et de grande lucidité intérieure.

L’amour fraternel dépasse nos forces humaines parce qu’il est l’incarnation au plan des nos contacts personnels, d’un rêve d’unité qui jaillit du cœur même de Dieu. Il commence à se réaliser dans ce repas rituel que nous prenons ensemble en mangeant le Corps du Christ mort et ressuscité et en buvant son sang !

 

Pour terminer, je voudrais simplement évoque la figure d’un homme qui, au siècle dernier,  a manifesté par toute sa vie et jusque dans la mort, sa volonté de répondre  à l’appel du Christ  d’aimer ses ennemis, je veux parler du pasteur Luther King !

Que son témoignage soit pour nous une lumière et un exemple !

 

Dans un grand meeting, semble-t-il, où il prêchait la non-violence, il déclara :

« Nous obligerons les blancs à nous  rendre justice, mais notre méthode sera la persuasion et non la contrainte… Si le sang doit couler ce doit être le nôtre et non celui de nos frères blancs, sinon notre protestation s’achèvera dan un drame inutile qui ne nous laissera que la honte… » et le pasteur King continue : « Aimons nos ennemis jusqu’à nous en faire des amis. »

Amen.

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  • alain.naome@wanadoo.fr
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